Quand on entend le mot « pipe » nos oreilles se dressent. Parle-t-on de Georges Brassens ? 
Ou de Jenna Jameson ? La duplicité de ce  mot est ici résumée. 
« Ceci n’est pas une pipe » avait décrété le grand Magritte, alors que France Gall, elle,  se 
faisait mettre en boite par le plus mal rasé des mythes du 20 ème siècle.   
Tabac, pornographie, chanson française :  le mot est un nid à contre-sens, à clins-d’œil lu-
briques, à édito de fanzines graveleux.   
La pipe est une source intarissable de  fantasmes dans l’imaginaire collectif tel   
un distributeur de billets merveilleux.   
Sur leurs lits de mort, combien de vieillards  se touchent secrètement, s’immergeant, comme 
un octobre rouge au BDR, dans des souvenirs obscènes et des draps maculés ?On pourrait croire que le monde lui même nous rap-pelle sans cesse à notre condition d’obsédés sexuels. 
Geste lascif derrière des vitrines éclairées  au néon rouge, obélisque égyptien autour duquel s’enroule la nuit un serpent telle une langue suave… 
Quant aux bouches de métro elles-mêmes, elles avalent le flot des prolétaires comme  une semence divine qui huilerait les rouages d’une société millénaire. 
Lysistrata, (réadapté récemment par   
Spike Lee), les sucettes à l’anis, les mythes NSFW, ces pétales anonymes arrachés aux nuits dans les dortoirs… La pipe, un tabou  qui titille le gland, tel un écureuil.

Antoine Paris

Newspiper

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