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Blanc comme l’Albât[t]re…

Mis à jour : 29 nov. 2020


Tel serait l’intitulé de la nouvelle nuance de marbre que suscite la chromance d’Astrid Chaffringeon Je ne chasse pas sur mon territoire.

Ajoutons donc au nuancier des genres un drame à la balance des blancs en combattant sans s’empourprer.


Et créons une nouvelle Bibliothèque Blanche.


« Une littérature blanche, parce que la somme de toutes les couleurs et que cette densité peut faire peur »


Pas le blanc cassé des collections de la Rue du Bac mais celui qui n’apparaît pas encore sur les étagères hémoglobines des Relays. Un nouveau roman de

gare(s) – arpentant le temps et les espaces – et menaçant d’un « gare à toi­ » les prédateurs. Le dernier ouvrage de l‘autrice a absorbé tout le prisme des couleurs ferroviaires. Lapé aux eaux de rose, vogué sur les fleuves noir, goûté quelques corrosions des almanachs rouges, divagué sur les mers nomades des guides Bleus. Destruction, angoisse, sexualité, arpentages sylvestres, corrosion et complicité animalière en toile de fond vers l’écaillement, le piège à lecteurs est posé. Mais de cette palette de couvertures, l’autrice en extrait juste la substantifique moelle : la peur, le désir, la violence et l’émancipation. Pour en démasquer les plumes patriarquées, délaver les bouffonneries harlequines et railler les lourdeurs vermotlus. Elle corrode chacun des ingrédients de la recette gareni, pour découvrir les aspérités, les failles, les forces qui en font un livre d’engarement, de gare-engagé.


Une mythologie ardennaise – une tragédie grecque qui aurait délocalisé son Olympe au signal de Botran pour s’y ressourcer de sa noirceur chimayrique – Héros et Éros se phèdrèrent autour de la chasseresse Julia, photographe. Les prétendants aux fibrillations de la narratrice, demi-dieux du Panthéon de l’érotique contemporain le galeriste charismatique, le médecin de campagne à la blague facile et surtout l’électricien giboyeur en parangons de la domination silencieuse. Les marâtres, la savonneuse jalouse, la belle-sœur monomaniaque en seconds rôles de broyeuses complices du système et l’inséparable perroquet du Gabon, Lupus parachèvent le décor loin des clichés des ferrovipathes.


Un décor en quatre tableaux lézardés du passé. La période parisienne : les premiers pas de Julia dans le monde des galeries, contrainte à une double vie alimentaire et artistique dans un studio parisien à la porte ouverte. La période ardennaise, la convalescente éperdue dans un atelier de campagne durbuysienne et l’émancipation finlandaise sur l’île d’Hailouoto. Et enfin le tableau narratif, la cellule de la prison d’où la narratrice nous interpelle sur sa tragédie.


Dans cette galerie nomade, l’autrice pulvérise les codes de chacun des genres de voyage pour distiller l’intrigue haletante tout en dessinant avec force les contours de cette femme-sisu[1] et nous insuffler le courage de consentir à la liberté.



[1] « Les Finlandais ont un mot pour décrire cet état de détermination inflexible, de résistance à l’épreuve, d’intrépidité et de courage, force essentielle à la vie, l’amour et au succès : le sisu, qui se prononce sissou»

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